First-time posters: please review the site's moderation policy

Quand est-ce qu’une interprétation cesse d’être une interprétation de liaison et devient de la consécutive, c-a-d de l’interprétation de conférence, mais sans cabine ?

Ce que j'essaie de savoir c'est comment établir la distinction entre

  • « l’interprétation de liaison » (et ses nombreuses déclinaisons : l’interprétation communautaire, l’interprétariat, l’accompagnement)

et

  • l’interprétation de conférence, même sans conférence et sans cabine, c-a-d la prestation d’un interprète qui prend note de l’intervention d’un homme d’affaires, par ex., et retransmet dans une autre langue pour un ou plusieurs interlocuteurs ?

Quels sont les éléments qu’un interprète devrait vérifier pour savoir exactement ce qu’on attend de lui (ce qui a son importance pour tarifer la prestation et accessoirement pour savoir s’il est qualifié ou pas pour la faire) ?

asked 09 Apr '12, 08:50

Danielle's gravatar image

Danielle
2.7k5712

edited 09 Apr '12, 09:31

Nacho's gravatar image

Nacho ♦
73381532


Je pense que les termes interprétation consécutive et simultanée font référence au mode d'interprétation : prise de notes suivie de l'interprétation dans le premier cas, interprétation directe en cabine, avec bidule ou en chuchotage dans le deuxième. Et que l'interprétation de liaison, communautaire, etc. sont des termes utilisés plutôt pour décrire le cadre de l'intervention et, par là même, les conditions de travail (seul, en équipe, avec ou sans équipement) et de rémunération de l'interprète (à l'heure, à la journée, barème conventionné, etc.).

Dans la phase d'offre, l'interprète se renseigne et négocie les termes de son intervention en fonction des us et coutumes de son marché : - Honoraires conventionnés pour l'interprétation auprès des tribunaux nationaux, communautaire dans les hôpitaux ou en accompagnement de personnes sourdes, par exemple. - Facturation à la journée de l'interprétation en conférence, avec des honoraires conventionnés ou non, selon que la prestation est pour un client institutionnel ou non. - Pour le marché dit libre (non institutionnel, entreprises, associations, organismes divers, particuliers), facturation de la prestation sur une base horaire ou journalière et qui varie en fonction du mode d'interprétation (simultanée ou consécutive, travail seul(e) ou en équipe).

À noter au passage que, comme pour toute autre profession libérale, l'interprète doit viser à atteindre un seuil de rentabilité dans l'exercice de son métier, c'est-à-dire à générer un revenu qui lui permettra de couvrir la totalité de ses dépenses (temps de travail direct lors de la mission, temps de préparation, temps et frais de voyage, autres frais professionnels, assurances professionnelles et sociales, loyer et dépenses quotidiennes, formation continue, etc.).

Selon moi, l'interprétation de liaison devient interprétation de conférence lorsque le cadre d'intervention change d'échelle (de quelques personnes qui discuteront autour d'une table on passe à une conférence avec intervenants, panel de discussion, exposés, etc.). Quant au fait d'intituler une prestation "liaison" ou "conférence" lorsqu'il s'agit d'une consécutive pour un petit groupe de personne, il dénote le statut qu'on lui attribue (en général l'interprétation de conférence est plus valorisée et mieux rémunérée que l'interprétation de liaison).

permanent link

answered 11 Apr '12, 14:21

Aude's gravatar image

Aude
1312

A ce propos, je rappelle l'excellent article de Holly Mikkelson "Interpreting is Interpreting - or is it?" disponible sur le site de l'AIIC (http://aiic.net/ViewPage.cfm/page3356.htm) ou celui de Holly directement: http://www.acebo.com/papers/INTERP1.HTM.

(28 May '12, 01:58) Aude

Je suis nouveau sur ce site et même si ce sujet n'est pas récent, j'aimerais ajouter mon grain de sel :) votre intervention est intéressante Danielle:

"Il ne l’est plus s’il s’agit de la négociation d’un contrat compliqué où chaque nuance compte ou d’une déposition très technique aux enjeux importants, pour lesquelles une formation plus spécifique sera indispensable."

Je trouve que la profession d'interprète de liaison est bien trop souvent dévalorisée au profit de l'interprétation de conférence, qui elle ferait partie une sorte de caste professionnelle, dont la maîtrise des langues de travail et des techniques d'interprétation ne seraient l'apanage que de ses seuls membres.

S'il est vrai que certains collèges, interprètes de liaison, apportent de l'eau à cette erreur de jugement, les interprètes de conférence mal formés, ou peu professionnels fournissent parfois aussi des prestations en deçà des attentes légitimes de leurs clients.

J'ai suivi une formation d'interprète de liaison et j'avoue ne pas saisir pourquoi, un interprète de conférence serait plus approprié dès lors qu'il s'agit d'un contrat plus 'compliqué' où l'enjeux serait plus grand. En effet, lors de ma formation, l'accent a toujours été mis sur la nécessité de se préparer à la complexité des sujets abordé lors des réunions et de n'accepter une offre que s'il on est certain de pouvoir être à la hauteur (prépondérance de l'éthique aussi dans l'IL). La question des nuances relève, à mon sens, de la connaissance linguistique (grammaire, idiotismes,etc) et culturelle, ainsi que du bagage cognitif. Toutes ces choses doivent être peaufinées tout au long d'une carrière, qu'il s'agisse d'interprétation de conférence ou de liaison. Par ailleurs, la responsabilité d'un interprète de liaison est, d'un point de vue éthique et professionnel,tout aussi engagée que celle d'un interprète de conférence. Par conséquent, à moins d'avoir un bagage (études,formations diverses,etc) dans un domaine technique lié au sujet de la négociation, les deux interprètes seront face à la même situation, et devront surmonter les mêmes difficultés.

Enfin, je crois que la seule vraie différence entre un interprète de conférence et un interprète de liaison bien formé, réside dans l'obligation que l'interprète de liaison a d'être 'retouriste', et dans exemption dont il jouit, de travailler en cabine. L'un n'est donc pas plus 'simple' que l'autre. Je concède néanmoins que la proximité physique dont bénéficie l'interprète de liaison (n'étant lui jamais en cabine) a ses avantages: expressions corporelles, du visage, possibilité de demander des précisions, etc.

Je tenais à formuler ce commentaire car j'ai suivi une formation professionnelle à l'Académie diplomatique de l'université de Westminster en interprétation de liaison (Cursus hybride:diplomatie/interprétation de liaison avec un corps professoral mixte: interprètes de liaison/conférence), et je trouve que les exigences de cette profession sont trop souvent sous-estimées, par élitisme ou ignorance des compétences nécessaires pour exercer ce métier et des complexités inhérentes.

permanent link

answered 16 Jun '13, 23:55

angabongo's gravatar image

angabongo
101225

IC et IL sont en effet des professions cousines, peut-être même germaines... mais je crains que vous ne sous-estimiez ce que pour moi représente plutôt la grande ligne de séparation entre elles: la consécutive de conférence à si peut en commun avec celle de liaison - comme le disait d'ailleurs aussi Danielle - que je ne puis que regretter qu'elles partagent ce dénominateur qui n'est pas commun :-), à un tel point que d'après moi la technique usitée en liaison devrait s'appeler autrement, par ex. successive ou séquentielle, comme je le disais en haut.

Pour la simultanée, la cabine n'étant que l'un des éléments qui la caractérise en général - puisque la simultanéité, elle, est aussi présente par ex. en équipement portable, dont l'usage d'ailleurs s'agrandit... et pas tjrs à bon escient :-( - je parlerais donc plutôt de simultanéité que de cabine :-)... et pour l'interprétation dans une deuxième langue (ou plutôt la combinaison linguistique, puisque en conférence nous pratiquons des pairs que votre schéma de source<>cible ne considère pas, c'est-à dire l'interprétation de langues passive/s en langues active/s) nous avons peut-être - en conférence - une vue plus nuancée, du double A au B "de retour", passant par le B universel, que l'interprétation dite de liaison n'a peut-être pas forcément.

L'on pourrait d'ailleurs envisager de faire semblant d'ignorer ce que dialogue veut vraiment dire et céder à "interprétation de dialogue" pour éssayer de mieux la nommer, sans pour autant dire "non-conférence" ce qui serait malvenu; ceci dit, ne voyez pas dans mes propos une quelconque subalternité "universelle" à mes yeux de "la" liaison, par rapport à "la" conférence: la désignation plus commune en anglais - community interpreting - donne peut-être d'ailleurs davantage que "liaison" ce à quoi je pense, c'est-à-dire les énormes défis, les énormes talents et les énormes capacités des collègues qui la pratiquent, auxquels vont toute ma gratitude, ma reconnaissance et mes hommages.

(17 Jun '13, 16:18) msr

...et oui, malheureusement on n'a pas su "s'approprier" le nom de consécutive pour celle que nous faisons en conférence, de façon à "imposer" une autre appellation pour ce que font les collègues qui travaillent en liaison, par ex. "successive" ou "séquentielle" qui décrirait mieux une technique qui passe à chaque fois que quelques phrases, voire quelques mots.

permanent link

answered 12 Apr '12, 20:26

msr's gravatar image

msr
4.6k6923

Je me souviens de Christopher Thierry nous disant un jour, alors que nous nous interrogions sur ce qui définissait l’interprétation de conférence, que c’était ce que faisait… un interprète de conférence (IC).

C’est vrai que l’IC qui a subi une longue formation (souvent de 2 années) pour maîtriser la technique de la prise de notes, qui est capable – le cas échéant – de retransmettre fidèlement et en une fois un discours protocolaire ou technique de plusieurs minutes, ne va pas subitement oublier sa technique sous prétexte qu’il est entre 2 hommes d’affaire qui, finalement, n’en demandent pas tant. Dans un contexte plus décontracté, entre 2 personnes qui bavardent ou pour accompagner l’épouse du dignitaire qui va faire son shopping, il est clair que la technique requise est moins exigeante, moins pointue, et qu’un interprète de liaison – qui n’a en général pas suivi la même formation – est parfaitement approprié. Il ne l’est plus s’il s’agit de la négociation d’un contrat compliqué où chaque nuance compte ou d’une déposition très technique aux enjeux importants, pour lesquelles une formation plus spécifique sera indispensable.

C’est aussi à l’interprète-conseil de savoir qui affecter en fonction de la prestation souhaitée.

permanent link

answered 14 Apr '12, 11:52

Danielle's gravatar image

Danielle
2.7k5712

J’aimerais essayer d’illustrer ma pensée auprès de notre collègue Angabongo et hasarder quelques exemples de ce qui pourrait distinguer l’interprète de liaison de l’interprète de conférence. Comparons d’abord ce qui est comparable, à savoir un bon IC et un bon IL, chacun faisant un retour vers une autre langue active, ce qui constitue l’écrasante majorité de nos effectifs respectifs ;-)

Certains d’entre nous travaillent régulièrement pour le Comité européen de la prévention de la torture et des mauvais traitements. Le CPT visite des lieux de détention afin d’évaluer la manière dont les personnes privées de liberté sont traitées (prisons, centres de détention pour mineurs, centres de rétention pour étrangers, hôpitaux psychiatriques, etc.). Lors de la visite d’une délégation, on commence souvent par un petit-déjeuner très officiel avec le Ministre de la Justice, flanqué des Directeurs de la police et de la garde civile, ainsi que du Directeur général des prisons ; on continue par des interviews de représentants syndicaux des gardiens de prison et de représentants du Barreau, sans oublier les entretiens avec les familles des prisonniers, la direction et les médecins de la prison, le Ministère public et les juges. Et puis on va voir les prisonniers dans leurs cellules pour entendre leurs doléances.

Il est clair que la tension, la responsabilité, la technicité et les attentes des participants ne sont pas les mêmes au petit-déjeuner et dans la cellule 211 ;-) En présence du Ministre et des plus hauts représentants de la justice ou des forces de l’ordre, l’interprète de conférence doit avoir une prise de notes impeccable pour retransmettre le discours fidèlement et rapidement, quels que soient la vitesse de lecture, la longueur de l’intervention ou le contenu du message (il n’est pas rare que des passages entiers du Code pénal soient cités) ; il peut être amené à faire une traduction à vue de certains paragraphes du Code pénitentiaire ; ou encore égrener toute une liste de griefs à l’encontre de l’Etat ayant manqué à ses obligations, en employant un ton aussi diplomatique – ou aussi ferme – que celui utilisé par le chef de la délégation. Le tout, en interprétation consécutive. Les interprètes du CPT passent des années à actualiser leurs glossaires dans 3 ou 4 langues et à se familiariser avec la législation du pays visité.

Par contre, lorsque vous rendez visite à un prisonnier, vous vous asseyez sur un coin de lit et vous interprétez souvent de courtes questions et réponses. Même s’il vaut mieux connaître le jargon des prisons, le vocabulaire ne présente pas de grandes difficultés. Et il est clair que si vous faîtes répéter un intervenant, personne ne s’en offusquera. Là, ce ne sont plus les nerfs qui interviennent (encore que… les têtes à têtes avec les multirécidivistes ne sont pas toujours rassurants ;-) ou la technique interprétative qui prime, mais plutôt les qualités humaines. Il faut savoir repérer une hésitation, encourager le début d’une confidence ou mettre les gens en confiance. C’est plus un travail de liaison.

Je vous raconterai même une anecdote : un jour, je suis entrée avec la juge que j’accompagnais dans un centre de rétention pour étrangers où se trouvaient une cinquantaine d’Asiatiques. Après de vaines tentatives de communication en français, anglais et espagnol (les langues de la visite) avec les détenus, je me suis hasardé à poser une question en chinois (j’ai fait des études de chinois, mais n’offre pas cette langue dans ma combinaison linguistique officielle car je n’ai pas le niveau requis). Les 50 Chinois absolument ravis se sont précipités sur moi pour se plaindre de tout ! Heureusement, je savais dire douche, sandwich et téléphone, et j’ai donc pu dresser un véritable cahier de doléances pour ma juge reconnaissante. Inutile de vous dire que je n’aurais même pas ouvert la bouche, si cette situation s’était présentée au petit-déjeuner ministériel…

permanent link

answered 27 Jun '13, 16:08

Danielle's gravatar image

Danielle
2.7k5712

Your answer
toggle preview

Follow this question

By Email:

Once you sign in you will be able to subscribe for any updates here

By RSS:

Answers

Answers and Comments

Markdown Basics

  • *italic* or _italic_
  • **bold** or __bold__
  • link:[text](http://url.com/ "title")
  • image?![alt text](/path/img.jpg "title")
  • numbered list: 1. Foo 2. Bar
  • to add a line break simply add two spaces to where you would like the new line to be.
  • basic HTML tags are also supported

Question tags:

×481
×72
×36
×15
×12
×9

question asked: 09 Apr '12, 08:50

question was seen: 9,496 times

last updated: 27 Jun '13, 16:08

interpreting.info is a community-driven website open to anyone with questions and/or answers about interpreting, i.e. spoken language translation

about | faq | terms of use | privacy policy | content policy | disclaimer | contact us

This collaborative website is sponsored and hosted by AIIC, the International Association of Conference Interpreters.