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Cher tous,

J'aimerais connaitre les perspectives sur le marché privé bruxellois? On m'a dit qu'il était saturé et qu'il était impossible d'en vivre exclusivement?? Qu'en est-il réellement si on est biactif FR AN??

Merci d'avance,

asked 26 May, 10:52

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Gek21
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Dans les grandes lignes :

  • A Bruxelles, le marché biactif EN-FR est nettement plus modeste que le marché parisien.

  • En Belgique, il existe quatre écoles francophones qui tous les ans déversent des diplômés sur le marché par dizaines, sans qu'ils ne disposent d'une combinaison linguistique viable et d'un marché qui pourrait immédiatement les absorber. En conséquence, une part s'invente un retour anglais du jour au lendemain, après avoir suivi une formation de facto en A-C-C et vient grossir le vivier de gens prêts à tout pour gagner quelques sous.

  • Le marché est fragmenté :

D'une part, il y a le secteur conventionné (UE, OTAN, OMD) et le segment supérieur du marché privé. Leur point commun est que les clients ont les moyens et travaillent avec les interprètes depuis des décennies. Tout ne doit pas être constamment renégocié, l'interprète recruté se concentre sur le coeur de son métier, car on lui donne les moyens pour le faire.

D'autre part, il y a le marché privé que j'appellerais émergent, qui se sous-divise en deux segments thématiques. Les deux peuvent se caractériser par une raison d'être de l'interprète dans les réunions qui se limite à une obligation légale d'avoir un vecteur de langue en réunion. Dans la pyramide organisationnelle, le consommateur du service peut se situer en dessous de l'acheteur du service, ce qui met à mal tout argument de vente portant sur la qualité du service qu'on vend.

Le premier segment, c'est le marché belgo-belge, secteur public comme privé. La capacité financière de ces clients n'est pas nécessairement la même que celle des grands groupes ou des organisations supra-nationales. Dans un pays où on jongle avec 3-4 langues et où les clients sont habitués à du travail en équipe avec des locuteurs allophones, les considérations puristes propres à l'interprétation se heurtent à un mur. On voit des collègues tri-actifs, interpréter d'une langue vers une autre, qui à mon sens ne sont que des langues C.

Le second, c'est les réunions d'entreprise de groupes européens, que la directive de 1994 sur les comités d'entreprise a fait croitre. Il faut que les représentants du personnel se comprennent, par obligation faite à l'employeur,... mais faut-il vraiment leur fournir le service le plus cher et de la meilleure qualité qu'il soit ? Probablement pas. On veut du clé en main, des cabines garnies, un truc routinier et prévisible. Deux agences en ont fait leur fond de commerce, connaissant un succès économique certain. Seul hic, elles admettent préférer recruter les débutants en sortie d'école, à un tarif qui laisse pantois. La rémunération n'a pas augmenté d'un iota en dix ans et le turn-over est énorme. Bosser dans ce segment de marché est aussi une sentence : un collègue recruteur qui sue du sang pour négocier de bonnes conditions et de bons tarifs risque d'avoir quelques réticences à filer du boulot à un pair qui par son activité principale, lui casse son marché à longueur de temps.

En conclusion : entrer par le haut du marché est difficile, car la concurrence d'en bas se fait sentir. Entrer par le bas n'est pas viable, car le jour où tu as des ambitions de revenus plus importants que celles d'un très jeune diplômé (qui vit encore chez ses parents ou en coloc), on te remplacera par le dernier bleu dont l'encre sur le diplôme n'aura pas encore eu le temps de sécher. Ce qui condamne des collègues qui, bien que pas mauvais interprètes et forts de vingt ans d'expérience de plus que moi, à une précarité dont je n'avais pas mesuré l'ampleur.

La crise sanitaire actuelle a révélé qu'un très grand nombre de collègues sur le marché privé n'avaient pas de réserves financières suffisantes pour survivre à deux mois d'inactivité. Sachant que nombre d'entre eux travaillent depuis plus de dix ans, le fait de ne pas être capable d'encaisser 60 jours sans revenus sur 3.600 (1.7% de journées perdues) me dit qu'il y a un problème quelque part. Pour comparaison : Très loin d'être une fourmi, je me suis résigné à faire le calcul après six ans d'activité (marché UE), ne sachant jamais de quoi demain sera fait : je peux vivre un an confortablement sans bosser, deux si je renonce à mes caprices.

En bref, si c'est le biactif qui te botte, sans doute que faire l'une ou l'autre école parisienne et viser le marché parisien te sera plus facile. Des copains qui ont fait ce choix ont acheté leur appartement même pas trois ans après s'être lancé. A crédit, certes, mais avec les reins déjà financièrement très solides.

Et sortir de Paris et te baser à Paris au début ne te portera pas préjudice quant à ton employabilité pour l'UE : le test ne se tient de toute façon pas le lendemain du diplôme et il faudra bien que tu t'occcupes un an ou deux. Une fois accrédité, ne pas devoir mettre tous tes oeufs dans le même panier sera également bénéfique. Si tu vois que l'UE te veut, tu pourras toujours songer à changer ton domicile professionnel au bénéfice de Bruxelles.

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answered 27 May, 08:10

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Gaspar ♦♦
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edited 27 May, 12:33

1

Bonjour, Je me permets de poser une autre question, également liée au marché bruxellois, j'espère que cela ne pose pas de problème.

En effet, la crise de la Covid-19 crée pas mal de doutes chez nous, les étudiants en dernière année, qui sommes sur le point d'être diplômés. Avant la Covid, il semblait déjà très difficile de s'établir sur le marché. Depuis que j'ai débuté mon Master, on m'a toujours dit que je devais compter quelques années avant de pouvoir véritablement vivre du métier d'interprète en travaillant sur le marché privé (ce que je pense est inévitable, puisque entrer dans une institution en étant fraîchement diplômée me semble un peu utopique bien que séduisant, à moins que quelqu'un ait une suggestion précieuse ?) Je ne peux m'imaginer faire autre chose que de l'interprétation et, au vu de la situation actuelle, mes doutes par rapport à mon avenir sont très profonds. Bref, la situation fait peur ! C'est pourquoi je voudrais ajouter la question suivante concernant la demande sur le marché bruxellois et plus généralement sur le marché belge, tant privé que public: la combinaison DE (A), FR (B), EN (C) (et plus tard sans doute + PL (C)) est-elle, selon les personnes qui connaissent les différents profils recherchés, une combinaison porteuse, c'est-à-dire ouvrant la voie à une vie décente, ou serait-il préférable, dans mon cas, de travailler en Allemagne voire autre part ?

Je vous remercie d'avance de votre réponse,

(27 May, 16:52) Interpreter1995

quelques années avant de pouvoir véritablement vivre du métier d'interprète en travaillant sur le marché privé (ce que je pense est inévitable, puisque entrer dans une institution en étant fraîchement diplômée me semble un peu utopique

Tout le monde peut se dire interprète de marché privé (et avoir cinq jours de travail par an), et souvent, c'est une voie de garage. Pour illustrer (le sujet date un peu, la situation personnelle que je décris est depuis obsolète) :

http://interpreting.info/questions/2496/tous-les-diplomes-ne-deviennent-pas-interpretes

Avec ta combinaison, le test UE semble être le choix le plus pertinent, le plus prévisible et aussi le plus abordable. Le test d'accréditation n'est pas plus difficile que le jury de fin d'année.

une combinaison porteuse, c'est-à-dire ouvrant la voie à une vie décente, ou serait-il préférable, dans mon cas, de travailler en Allemagne voire autre part ?

Le marché allemand est petit, la majorité des collègues semble avoir une activité complémentaire, quand ce n'est pas qu'ils sont carrément traducteurs à titre principal, et interprètes sur le côté.

50% des membres aiic de la région Allemagne ont eu moins de 60 jours de travail rémunéré en interprétation en 2016. En Belgique, le nombre de jours médian est de 100 jours la même année.

FR<>DE a connu un sérieux déclin, me disent ceux qui jadis vivaient quasi-exclusivement de cette combinaison. Aujourd'hui, la demande porte surtout sur FR<>EN ou DE<>EN.

Un français très solide en cabine allemande serait utile à la Cour, dont le stage lui-même peut-être un tremplin pour préparer le test d'accréditation UE: https://curia.europa.eu/jcms/jcms/Jo2_7008/fr/ Une fois accrédités, les anciens stagiaires deviennent des recrues par excellence, au point que nombre d'entre eux sont devenus fonctionnaires en l'espace de quelques années à peine. Si tu as le polonais sous le coude en plus, ça rend les choses d'autant plus intéressantes.

(27 May, 19:05) Gaspar ♦♦
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last updated: 28 May, 06:02

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