First-time posters: please review the site's moderation policy

Bonjour.

Je suis actuellement étudiant en troisième année de traduction-interprétation à l'université de Liège (Belgique) avec pour langues l'anglais et l'allemand. Je me pose de plus en plus de questions quant à mon avenir professionnel. Autant j'apprécierais grandement de travailler comme interprète, peu importe l'endroit, pour être honnête ; autant je me rends compte petit à petit que l'après-diplôme ne s'avérerait pas aussi rose que l'on nous le fait croire dans les clips vidéos de la D.G. interprétation de l'U.E. ou lors des journées professionnelles organisées dans les lycées. J'aurais aimé avoir vos conseils sur la suite de mon parcours. N'hésiter pas à répondre avec l'honnêteté la plus pure, fût-elle décontenançante.

  • Pensez-vous que je devrais faire mon master dans une école plus réputée, aller à Bruxelles, Mons, Paris ou Genève ? Ou le master de Liège suffira-t-il ?
  • Mon néerlandais est de niveau C1 pour le moment. Je pourrais peut-être l'améliorer dans les trois ans qui viennent afin d'avoir trois langues C dans ma combinaison. Que pensez-vous de la combinaison EN-DE-NL (CCC) pour un interprète de langue française ? Est-elle pourvoyeuse de journées de travail en suffisance, que ce soit sur le marché privé belge ou français ou auprès des institutions ?

Le métier d'interprète, bien qu'étant mon plan A, n'est pas la seule voie que je me permette d'emprunter. Disons qu'un emploi pérenne et décemment rémunérateur ailleurs, là où mes connaissances linguistiques m'avantageraient, m'intéresserait plus qu'un emploi d'interprète ou je devrais suer sang et eau pour avoir 50 jours de travail par an après des années d'expérience. (Je ne sais même pas si cette phrase doit être considérée comme hyperbolique ou pas, vous me le direz.) Je n'exclus donc pas de dire adieu aux métiers de traducteur et d'interprète dans un souci de confort de vie. Vos réponses aux questions suivantes pourront sans doute me guider dans ce choix.

  • Si vous étiez à ma place, étudiant diplômé en interprétation en 2020 (si tout se passe bien) voulant maximiser ses chances d'obtention d'emploi (et compte tenu des informations du paragraphe précédent), compléteriez-vous votre formation avec un master complémentaire dans une autre discipline (droit, gestion, commerce, ...) ou partiriez-vous, disons deux ans, à l'étranger pour faire de votre anglais une langue B ?
  • Que pensez-vous des doubles masters proposés dans plusieurs écoles de Belgique (peut-être aussi en France, je ne sais pas) ? Il s'agit de faire le master d'interprétation en même temps qu'un master de traduction, et ceci en trois ans, afin d'avoir deux masters sur son C.V. en sortant de l'université.

Je tiens à vous remercier pour l'attention que vous aurez portée à mon post ainsi que pour vos éventuelles réponses.

Les réponses en anglais, allemand ou néerlandais seront accueillies avec enthousiasme de ma part.

asked 09 Jan, 16:23

defclem's gravatar image

defclem
213


Salut Clément,

de manière succinte, car le sujet a déjà été traité de nombreuses reprises :

  • L'herbe n'est pas forcément beaucoup plus verte à Mons, à Bruxelles ou à Louvain la Neuve. Paris ou Genève en revanche sont des valeurs sûres. La différence fondamentale entre les écoles francophones de Belgique et les écoles francophones à l'étranger, c'est que les secondes vont filtrer l'accès à leur master. Une différence de niveau se ressent, quand le groupe a été trié sur le volet que quand il est ouvert au tout venant. Dans les écoles belges francophones toujours, même quand le niveau de formation est bon, peu des diplômés atteignent leur but, cette fois faute de combinaison linguistique viable - alors que Paris ne t'admet pas si tu n'as pas les/des bonnes langues.

  • Fais un master en droit, en économie , etc. avant ton master en interprétation de conférence. Ca te donnera une corde à ton arc en plus et tu prendras de la bouteille avant de te lancer dans le MA d'interprétation. Commencer ces études un poil plus tard qu'après le diplôme de BA est un grand plus. Tu auras plus de vécu, plus de culture G, une personnalité plus développée,...

  • Fais de ton néerlandais un C2 avant ton master en interprétation de conférence. Veille à apprendre tant le flamand que les néerlandais, couvrant la diversité d'accents, de cultures et d'expressions (à l'instar de ta capacité à piger l'autrichien autant que le Hochdeutsch et à connaître l'Autriche autant que l'Allemagne).

  • Si tu réunis ces trois conditions préalables, que tu sors diplômé de Paris ou Genève avec 3 langues C à l'âge de 26-30 ans, et que la demande reste stable d'ici 2022-2024, tu auras dépassé la barre des 50 jours en peu ou prou six mois.

  • Le plus difficile sera sans doute de rompre avec le diktat de l'approche linéaire où, sortant du secondaire, avoir décroché un MA cinq ans après est synonyme d'être bon. Scolairement peut-être, mais ce n'est pas ce que recherche le métier. Tu dois arriver à maturation et emprunter des détours pour t'enrichir de toutes les qualités et connaissances requises. Avoir un MA en poche sans ça, ça te fera une belle jambe. N'aie pas peur de prendre ton temps, c'est une nécessité, un investissement à terme. J'accompagne un débutant dans ses premiers pas au SCIC. Il a trente ans. Même notre plus jeune recrue du moment a eu besoin de sept années après la fin des ses études secondaires pour entrer dans la maison.

permanent link

answered 10 Jan, 01:04

G%C3%A1sp%C3%A1r's gravatar image

Gáspár ♦
6.9k141829

edited 10 Jan, 03:37

Bonjour.

Merci beaucoup pour votre réponse.

Il est vrai qu'il n'y a pas de concours d'entrée à la française en Belgique. Cependant, dans mon université en tous cas, les professeurs du master d'interprétation peuvent juger votre niveau trop insuffisant après les quelques premiers cours et vous envoyer vers un master de traduction. Il n'y a chaque année que deux ou même un seul étudiant dans les cours d'interprétation depuis l'allemand, ne pourrait-on pas dès lors parler d'une forme de sélection garantissant la qualité ?

J'ai bien intégré votre deuxième conseil. Faire un autre master avant celui d'interprétation est donc quelque chose que j'envisagerai. Je vous avoue avoir des réticences à l'idée de finir mes études vers 26 ans. C'est un travail sur moi que je devrai encore réaliser, mais qui sera sans doute nécessaire et ne pourra qu'être bénéfique, j'entends bien. Ce serait également une occasion de parfaire au mieux mes connaissances linguistiques avant le master et les concours d'accréditation.

(11 Jan, 08:50) defclem

L'équipe va essayer de décourager les pires, à demi-mots souvent, car ce n'est guère agréable et même en étant très franc, ça ne suffit pas :

  • La majorité à reçevoir une réponse réservée (90% des M1) continue malgré tout. Par fierté, parce qu'on ne veut pas que le rêve s'arrête, parce qu'on pense que ça ira mieux plus tard, parce qu'on se croit différent des autres, parce qu'on pense que les profs sont juste très sévères et que le monde de l'interprétation n'attend que de découvrir notre génie,... Le déni et l'ignorance sont là générateurs de grandes erreurs d'orientation pour ceux qui ne veulent pas entendre.

  • Les écoles belges diplôment des gens non-filtrés avec 10/20. Les écoles parisiennes (dont on sort plus souvent après trois ans que seulement deux) diploment uniquement les étudiants, sélectionnés au préalable, qui obtiennent 14/20 à leur jury final. Il y a un écart de renommée (pour sûr) et qualitatif (très probable). Sortir de Paris ouvre des portes. Sortir de Belgique permet tout juste de frapper à des portes et de devoir, encore et encore, faire ses preuves et démontrer qu'on a réussi malgré son école, comme me le répètent si gentiment nombre de mes aînés quand ils apprennent que j'ai fait Bruxelles et non Paris.

  • Les écoles belges sont bardées d'interprètes qui prétendent former des gens avec une combinaison UE, marché auquel ils n'ont eux-même pas toujours réussi à accéder (et faisant qu'ils enseignent pour payer leur loyer). Un peu comme si Rafael Nadal, pour être à la hauteur à Roland Garros, en était réduit à être coaché par l'entraîneur de foot du FC Nantes. Les écoles parisiennes semblent souffrir moins de ce problème (et on y enseigne pour le prestige, plus que pour l'argent).

Vois aussi : http://interpreting.info/questions/3421/schools-social-responsibility

Enfin, pour l'âge : on a vu des jeunes collègues recalées, plus d'une fois au test d'accréditation. Il leur manquait un je ne sais quoi. Et c'était résumé en un simple "trop jeune".

(11 Jan, 09:21) Gáspár ♦

Bonjour Clément,

Je suis assez d'accord avec Gaspar en général, mais j'aimerais insister sur un élément qu'il mentionne rapidement: "et que la demande reste stable d'ici 2022-2024". Il est impossible à l'heure actuelle de prévoir la demande pour les années à venir, et c'est pourtant bien ça qui déterminera si oui ou non ta combinaison est viable. Te lancer dans ces études avec cette combinaison est donc un risque considérable. Si l'interprétation est une véritable passion et que tu es prêt à faire des sacrifices, alors c'est un risque qui vaut la peine d'être pris. Mais d'après ton message et ton envie de stabilité, je n'ai pas l'impression que ce soit le cas.

permanent link

answered 10 Jan, 06:13

Camille%20Collard's gravatar image

Camille Collard
9439

Pour compléter le propos de Camille, plein de bon sens :

  • Verre à moitié plein : 25% des freelance de la cabine française UE à Bruxelles auront atteint l'âge de la retraite d'ici cinq ans.

  • Verre à moitié vide : le risque du changement technologique, de l'avènement de l'I.A., de la croissance rampante du mauvais anglais, du désamour de nos clients à l'égard des couteux serviteurs que nous sommes, de la troisième guerre mondiale, de l'éclatement de l'Europe ou d'un baisse d'ambition de la politique européenne qui conduirait à une baisse de la demande.

  • Relativisme : rien ne garantit que tu réussiras, pas plus que si on est voué à se reconvertir tôt ou tard, ça n'arrivera pas du jour au lendemain.

Peu de formations universitaires t'assurent des revenus convenables, dès le premier jour, sans accroc ni risque de voir tes acquis fondre comme neige au soleil. Il y a des gens qui font cinq ans de droit pour faire avocat, et qui ne réussissent jamais le barreau. Thats life.

Le tout est de se relever et de ne pas associer ta valeur intrinsèque d'être humain à tes réussites. Les claques dans la gueule et les échecs, ça fait part intégrante de la vie. Apprendre à rebondir et de réussir à trouver son bonheur ailleurs est essentiel.

Il y a dix ans, j'ignorais même l'existence de la profession à laquelle j'appartiens aujourd'hui. J'aurais tué pour en exercer une autre. A mon grand malheur, ça n'a pas marché. Et pourtant... Je n'ai jamais été aussi heureux professionnellement que depuis que je suis tombé dans l'interprétation.

Bref, si ça te botte, fais tout pour que ça marche. Si tu as tout donné et que ça ne marche quand même pas, au moins, tu n'auras aucun regret et pourras aller voir ailleurs la tête haute.

(10 Jan, 06:46) Gáspár ♦

Merci à vous, Camille, pour votre réponse. Et merci encore une fois à vous, Gáspár, pour votre commentaire.

Disons que l'avenir du métier est une des variables qui rentrent dans mon calcul et qui me font tant hésiter quand à la suite de mon parcours universitaire. Bien sûr qu'interpréter et traduire sont des activités passionnantes pour moi. Mais disons qu'un emploi dans le commerce, le marketing, la gestion, etc. (domaines qui me plaisent aussi) où je pourrais utiliser les langues que je maîtrise, avec des perspectives d'avenir et un salaire correct pour un bac+5 serait plus à même de m'intéresser qu'un emploi d'interprète indépendant ramant pour décrocher ses journées de travail si bien qu'il ne puisse pas atteindre les 2000€ nets avant 5 ans de métier et ce à cause de la concurrence, de sa mauvaise combinaison, de l'intelligence artificielle etc. Vous allez peut-être me dire que l'argent n'est pas tout dans la vie, et je suis d'accord. Mais ça reste un des nombreux éléments à considérer. Vous connaissez le marché de l'interprétation mieux que moi. Vous savez à peu près la quantité de travail qu'on peut espérer sur le marché francophone. Vous vivez au quotidien dans ce domaine et voyez les choses évoluer pour le meilleur ou pour le pire. Et c'est pour ça que je suis venu vous poser ces questions. Je voudrais avoir vos conseils d'acteurs de terrain pour ne pas me dire, une fois diplômé : "Je n'ai pas fait les études qu'il me fallait pour m'épanouir à long terme et être valorisé dans ce que je fais"

(11 Jan, 09:54) defclem

Je me demande si on n'idéalise pas les débouchés dans les domaines que tu cites comme alternative. Vu le nombre d'écoles de commerce, de masters divers aux noms modernes, en être diplômé expose peut-être au risque d'appartenir à une masse insipide dont la majorité n'arrivera pas aux prétentions salariales qu'auront fait miroiter leurs établissements de formation. Des bac+5 de commerce, il doit en finir avec un salaire de rêve la même proportion que parmi les bac+5 ès interprétation il en finit en cabine.

La différence entre les deux secteurs, c'est sans doute que l'interp à l'UE est d'avantage binaire : la majorité n'y arrivera jamais et devra se reconvertir, une minorité en vivra très bien. Tandis que le commerce, ça peut être 1.200 euros par mois (brown-out, surqualification,...) ou dix fois plus. Avec une répartition pyramidale de la richesse, des débuts avec des stages non-payés qui t'endetteront, puis des CDD à éponger les dettes, enfin, des heures à gogo qui relativisent même le plus élevé des salaires.

Aussi, interprète UE, tu le resteras tant que la profession et les institutions continueront à exister. Alors qu'à bosser dans le commerce, tu auras plusieurs employeurs au fil du temps, tu perdras avantages et ancienneté lors de ces changements, connaîtras des périodes de chômage et passé un certain âge, tu ne seras plus dans le coup et moins recrutable qu'un nouveau. Autant de phénomènes dont le milieu de l'interprétation ne souffre pas, hormis des variations dues à des années plus fastes que d'autres.

Pour ce que ça vaut : en 2017 (130 jours travaillés), j'étais à 4.700€ nets d'impôt national après un peu moins de cinq ans d'ancienneté en freelance à l'UE. Le boulot est intense, mais une fois la réunion terminée, je ne ramène pas de taff à la maison, je ne dois pas rester dans un bureau jusqu'à 23h pour boucler un dossier urgent. Pour les mêmes revenus ailleurs, il faudra certainement bosser plus d'heures. En trois jours par mois, j'ai le SMIC belge.

(11 Jan, 12:36) Gáspár ♦

Le dernier tableau de cet article : https://www.jobat.be/fr/articles/quelles-sont-les-etudes-qui-menent-le-plus-surement-a-lemploi/ , par exemple, est une des choses qui m'ont fait sérieusement réfléchir et qui m'ont pousser à rechercher des informations là où je peux en trouver, sur ce forum-ci par exemple. D'autres articles n'ont pas l'air de mentionner l'économie/gestion comme "bouchée" professionnellement. Celui-ci par exemple : https://www.jobat.be/fr/articles/quelles-formations-offrent-des-debouches-immediats/

Encore faut-il savoir de quelles formations on parle, de quels types d'emplois on parle, dans quelles conditions, etc. Vous faites bien sûr bien de le rappeler. Je dois encore me renseigner là-dessus avant la fin de cette année, pas qu'à l'aide de statistiques d'emplois, bien sûr, mais avec des questions à des professionnels, etc. J'estime que j'ai été mal renseigné déjà une fois pour mes études, je ne vais pas faire l'erreur une deuxième fois.

Vous aviez l'air de dire que, dans l'hypothèse où la demande restait la même à l'avenir, la combinaison EN-DE-NL en CCC pouvait être assez porteuse à condition de sortir de la bonne école et d'avoir un bagage supplémentaire. Disons que je cherche une formation qui pourrait m'apporter ce bagage supplémentaire et que l'économie/gestion est une voie parmi d'autres qui, je pense, à la lumière des premières informations que j'ai pu récolter, pourraient convenir. Je pourrais faire un master d'interprétation par après. Si je ne le réussis pas, ou qu'on me refuse au concours, j'aurais mon master dans l'autre filière.

Petite question, quelle formation pensez-vous être la meilleure si l'économie/gestion vous laisse dubitatif ?

(11 Jan, 14:22) defclem
1

Pour répondre à ta principale question : un master en éco ou en gestion, c'est toujours bon à prendre, ça te fait un plan B si jamais ça ne marche pas en interprétation, et c'est une bonne préparation pour le master en interprétation.

Les liens que tu mets simplifient trop les choses, comme tu l'as bien compris : Sciences commerciales et gestion d’entreprise, bons débouchés parce que ça embauche à tour de bras. Mais trouver du boulot en moins d'un an ne veut pas dire un emploi de qualité pour autant. En interprétation, la statistique va dire que ça ne débouche sur rien, simplement parce que des diplômés des quatre (!) écoles d'interprétation en Belgique, il n'y en a qu'un tous les trois ans qui réunit les bonnes langues et le niveau requis pour se lancer sur le marché (et les autres partent à Genève ou à New York, échappant probablement à la statistique). Du taff, il y en aurait. Mais c'est comme si pour dix postes de coureur marathonien, on avait cent unijambistes qui se présentent à l'embauche. Il ne faut pas conclure que le marathon n'a pas d'avenir, mais bien qu'il faut arrêter de faire croire à des unijambistes (profils ACC) qu'ils ont leurs chances. ;-)

(11 Jan, 18:35) Gáspár ♦
Your answer
toggle preview

Follow this question

By Email:

Once you sign in you will be able to subscribe for any updates here

By RSS:

Answers

Answers and Comments

Markdown Basics

  • *italic* or _italic_
  • **bold** or __bold__
  • link:[text](http://url.com/ "title")
  • image?![alt text](/path/img.jpg "title")
  • numbered list: 1. Foo 2. Bar
  • to add a line break simply add two spaces to where you would like the new line to be.
  • basic HTML tags are also supported

Question tags:

×4
×1

question asked: 09 Jan, 16:23

question was seen: 194 times

last updated: 11 Jan, 18:49

interpreting.info is a community-driven website open to anyone with questions and/or answers about interpreting, i.e. spoken language translation

about | faq | terms of use | privacy policy | content policy | disclaimer | contact us

This collaborative website is sponsored and hosted by AIIC, the International Association of Conference Interpreters.